Rappeur beatmaker depuis le milieu des années 90, Oozen a d’abord commencé par l’écriture et le rap en se mesurant aux autres artistes dans les open-mic qu’il écume. Il se tourne progressivement vers la composition en investissant des samples, boucles et drums. Preemo, Pete Rock, Rza, Jay Dee ou encore Dre sont autant d’artistes qui l’ont profondément marqué. De sa première prod avec Music 2000 sur Playstation à du mixage avec une MPC, des synthés et une table de mixage, Oozen a beaucoup évolué. L’année dernière, il a décidé de créer Discloz’art, son propre label. Cette année, il a publié FAST RADIO BURST : son 1er album instrumental, alliance entre Hip-Hop et électro. Oozen nous en dit plus sur sa playlist idéale en quatre titres.

1 – Michael Jackson : Human nature

Déjà, pour commencer, MJ est l’artiste, avec un grand A, que j’ai le plus écouté. Ses morceaux, ses clips et ses vibes m’accompagnent depuis ma plus tendre enfance jusqu’à aujourd’hui. Je connais quasiment tous ses albums par cœur.
Le premier disque d’MJ que j’ai vraiment écouté est Thriller. La facilité voudrait que je cite Beat it, Thriller ou encore Billie jean, morceaux qui ont secoué la planète entière et qui étaient martelés à la télévision et à la radio. Mais non. Je trouve que tout l’album est une sorte de montée en puissance, de Wanna Be Starting Something jusqu’à Beat it et que Billie Jean en est l’apogée. J’avais comme l’impression qu’après la piste 6 la partie était pliée pour de bon. Les morceaux qui s’enchainent sont tous des hits puis arrive ensuite Human Nature. Au début je beugue un peu vu que rien de ce que j’avais déjà entendu auparavant ne ressemblait à ça. La vibe du morceau était mystique pour moi. Le synthé, la guitare, l’ambiance hyper vaporeuse, sa voix. Tout était nouveau. Même de nos jours, rien ne ressemble à sa musique. C’est ainsi que je me suis pris ma première vraie gifle musicale. Tout semble flotter dans ce track. Mais ce que je préfère dans ce morceau, c’est la manière dont MJ pose ses mots. Il ne fait pas que ” chanter “. Il fait rebondir ses phrases comme personne. C’était la première fois que j’entendais un chanteur avoir un flow de la sorte. Ca allait au delà de la simple interprétation. Dans le refrain, son ” Does he do me that way ” me semblait impossible à prononcer. A chaque fois que je réécoute Human Nature, pas mal de souvenirs de mon enfance remontent instantanément. J’ai eu la chance, en 1992, de le voir en concert à l’hippodrome de Vincennes avec mon frère et mon père. Avec MJ, j’ai compris que faire de la bonne musique c’était quelque chose de sérieux.

2 – Mobb Deep : Survival of the fittest

Dans les années 90, adolescent, j’écoutais beaucoup de rap français (NTM, MC Solaar, Minister Amer, Expression Direkt). J’ai toujours eu une préférence pour le rap Français comparé au rap US tout simplement parce que je comprends ce qu’ils disent. J’aimais quelques sons US quand même vu qu’ils étaient beaucoup plus forts que nous niveau “musicalité”. Le Hip Hop vient de chez eux. Ils avaient 20 ans d’avance. J’écoutais principalement des freestyles à la radio ou des mix tapes. La recette : un DJ et des MCS qui rappaient sur des instrus ricaines. Les prods sur lesquelles les rappeurs posaient étaient d’un autre monde par rapport au hip hop Français qui sonnait beaucoup plus fade. Je prenais ma gifle à chaque fois que l’instru changeait. A l’époque je rappais déjà beaucoup. Je testais mes textes en les rappant sur les morceaux que j’entendais un peu partout. Un jour, j’entends une prod qui me retourne instantanément le cerveau. Je ne me souviens plus qui rappait dessus mais ça découpait. A ce moment précis, je ne savais pas à qui appartenait cette fameuse vibe. On est en 1995/1996. Le temps passe. La prod est toujours dans ma tête. Plus tard, alors que je suis devant la télé en train de mater quelques clips sur M6, j’entends les premières notes d’un morceau que je connais sans vraiment savoir d’où il vient. Je suis persuadé de connaitre ce morceau. Et là ça me revient. Le freestyle radio, cette vibe sombre, l’ambiance pesante, le côté minimaliste du sample. C’était la première fois que j’entendais le morceau original, rappé par les artistes eux même : Mobb Deep. J’avais 13/14 ans. C’était un vrai choc. Le Rap d’avant 1994/1995 : les Run DMC, Public Ennemy, Beasty Boys, je connaissais, mais je n’aimais pas. Ca ne me parlait pas du tout. J’étais sans doute trop jeune pour capter le truc. Mais là, Mobb Deep composé de Prodigy et Havoc, jeunes MCS du QUEENS, et qui débarquent avec leur délire des bas fonds, ça m’a instantanément mis K.O. On était en 1995. Le son que je venais de découvrir datait de 1994. J’avais du retard. Il fallait que j’étudie la discographie de ce groupe. Les gars avaient tout. Même si je ne comprenais pas tout, je savais qu’ils rappaient comme des patrons. C’était autre chose. Les gars avaient leur patte. Leur empreinte a éclaboussé tous les MCS et beatmakers de ma génération. Plus tard, je me suis rendu compte que la plupart des prods de Mobb Deep étaient présentes dans presque tous les freestyles que j’écoutais. Survival of The Fittest est l’un des morceaux de Mobb Deep où les rimes ont le plus été samplées. Les 2 couplets ont été pillés et scratchés par la planète entière. En tant que beatmaker, j’ai logiquement, plusieurs fois samplé quelques à cappella de Prodigy et de Havoc. L’arrivée de ce binôme a radicalement changé ma façon d’aborder le rap. Désormais, quand j’écoutais du hip hop, si les artistes n’avaient pas leur propre style, je ne m’attardais pas. A partir de ce moment, mon goût pour le rap New Yorkais, surtout celui du Queens, a pris le pas sur tous les autres styles de rap existants. Malheureusement je n’ai pas eu la chance de les voir en concert.

3 – Big L : Put It on

Même période. Fin 95. Je suis au collège et je consomme beaucoup de Rap FR et US. Mon oreille s’est affûtée au fil du temps. Pour le rap français, la rime bien construite passait avant tout. Niveau musicalité, je trouve ça encore trop léger par rapport aux américains. Eux, sont déjà dans un autre monde. Je ne comprends pas tout ceux qu’ils disent mais leurs prods me mettaient régulièrement des baffes au niveau des tympans. J’entends de plus en plus souvent les noms tels que Dj Premier, Pete Rock, Eric Sermon, RZA. Leurs instrus inondent toute la planète. Je ne m’attardais pas sur les textes et la façon de poser. Les seuls qui me faisaient fermer mon clapet étaient Notorious Big et Nas. Leurs flows et leur aisance au micro me mettaient souvent à l’amende. Bien sûr, il y avait d’autres rappeurs super forts déjà en place. Mais je n’y étais pas plus sensible que ça. De mon côté, j’écrivais et je rappais quasiment tous les jours pour peaufiner ma technique, mes rimes et mon flow. Un soir, un clip démarre. Le morceau commence, sans paroles, juste l’instru. Le gars ne rappe pas. Dans la prod on entend un sample répétitif de cloches qui habille les drums. Au bout d’un moment, il se met à rapper. Je le répète : à l’époque mon anglais était scolaire. Je comprends leurs rimes à moitié. Les MCS articulent à peine. Mais là, j’entends ce mec débiter ses rimes comme personne. C’était limite chirurgical. J’avais l’impression de capter tout ce qu’il disait. Le gars envoyait ses rimes comme si il avait une mitraillette à la place de la bouche. Ses 3 couplets sont des mises à l’amende. Il tordait les mots dans tous les sens. L’ado que j’étais ne comprenait pas ce qu’il se passait. Mon cerveau venait de prendre un autre K.O. Ses schémas de rimes étaient monstrueux. Je n’avais jamais entendu ça avant ou je ne m’en rendais pas compte. Devant mon écran, je venais de découvrir ce qu’était un lyricist comme on les appelait à l’époque. Aujourd’hui, certains appelle ça de la rime ” multi syllabique “. Le clip se termine. Je bloque quelques minutes. Je retiens son blaze : Big L. Ce fameux soir, à mes yeux, ce rappeur d’Harlem était devenu le meilleur découpeur de micro de tous les temps. Nas et Biggie étaient forts mais pour moi le Big L était devant. On était à la fin de l’année 1995, mais j’apprends que ce fameux morceau Put it on datait de 1994. J’étais en retard d’un an, tout comme pour Mobb Deep. Après ça, je n’écoute plus que les rappeurs dans la même veine. Il me fallait des textes chargés. Si la rime était pauvre, c’était limite éliminatoire pour moi. Je ciblais désormais des rappeurs comme Masta Ace, Kool G Rap, Pharaohe Monch, Big Punisher, AG, Eminem, Elzhi. Depuis, ma manière d’écrire mes textes a changé. Il a eu une courte carrière mais chacun de ses couplets était une leçon de rap.

4 – L’SKADRILLE : C2 LA BALLE CORPORATION

1997, je rappe toujours autant. Le rap français se porte très bien. Des mix tapes sortent de partout. Des MCs et des groupes comme Les Sages Poètes de la Rue, la Cliqua, Lunatic, 2BAL 2 NEG et les XMEN dégomment le Rap Underground Fr. C’était une époque bénie pour tous les amoureux de rap hexagonal. Je suis toujours un grand kiffeur de freestyles radio. Des k7 audio traînent partout dans ma chambre. Mon poste de radio c’est mon gars sûr. J’écoute toutes les émissions hip hop qui existent. Depuis un petit moment déjà, j’entends un binôme découper les prods en freestyle radio. Deux gars du 78 à peine plus âgés que moi. J’étais déjà un bon rappeur mais ces gars faisait le truc mieux que moi. Rapper comme ils le faisaient, aussi jeunes, c’était fou ! Leur blaze : L’skadrille. Cette même année, leur premier album sort dans les bacs : MACK.01 – l’impact du son. A la radio, les morceaux : Le rêve et Les frères savent passent souvent. Le son de l’SKADRILLE sonne cainri à fond. Les flows et les rimes sont impeccables. La chanson qui m’a cloué au sol dès la première écoute ne passait pas souvent et durait plus longtemps que les autres musiques vu le nombre d’MCS présents. Quand le morceau tournait à la radio, ils avaient tendance à zapper le dernier couplet ce que j’ai su bien après. Ce détail a de l’importance. Le son en question ? C2 La Balle Corporation feat. Bams, Tony Fresh, Ziko et Nysay. Un sample de violon, de la basse, des drums, une ambiance bien lourde. Nysay ? Nysay ? Je connais ce blaze. Exs et Cash (futur Salif) sont la relève du 92. Je les avais déjà entendu en freestyle radio et sur des mixtapes notamment sur Dontcha 3 où ils rappaient sur l’instru Forsaken de Breez Evahflowin. Un jour, mon ami me prête leur album. Arrive enfin le fameux track C2 la balle corporation. Je connais déjà tous les couplets par cœur. Comme j’avais l’habitude d’entendre ce morceau à la radio, le son devait s’arrêter après le couplet de ZIKO. Je n’étais pas sur mes gardes. Et là, j’entends ” Je garde juste la dernière balle, soit pour moi, soit pour mon ennemi…”. Tous les MCs sur le track étaient balaises. Vraiment. Mais ce qu’a fait Nysay c’était une vraie leçon de rap. Rimes chargées, flows de dingues. C’était chirurgical comme un bon couplet de Big L. Le morceau prend alors une autre dimension à mes yeux. On est en 1997 et ces gars rappent comme ça, en nous mettant à l’amende en tout impunité ! Très très fort. Je ne comprenais pas pourquoi cette partie ne passait pas à la radio. En tout cas, après cette écoute approfondie, je n’ai plus jamais rappé comme je le faisait avant.

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